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L'inégalité des genres et le rôle des femmes dans l'enseignement
par Heidi Yetman, President  |  2/16/2018

À la lecture d'un article intitulé "Why do Men Make More Money than Women", je me suis souvenu d'un texte que j'avais rédigé pour ma thèse en éducation des arts. Ce qui m'a le plus marquée est que le mouvement #MeToo semblerait être lié à l'écart des rémunérations. Dans l'article publié dans Maclean's, Fay Faraday, avocate de Toronto spécialisée dans les droits de la personne, énonce : "L'écart des rémunérations favorise un environnement dans lequel les femmes bénéficient d'une moins grande sécurité et d'un plus faible pouvoir économique. Ceci contribue à les rendre des cibles pour ceux qui souhaitent tirer avantage de ce déséquilibre des pouvoirs [traduction libre]."

Voici un extrait de ce que j'ai rédigé.

"Le fait que la plupart des enseignants du primaire étaient et sont toujours des femmes nous fournit un élément clé pour comprendre la raison qui a souvent poussé les bureaucrates, les dirigeants du secteur et (en grande partie composé d'hommes) les universitaires à tenter de contrôler les programmes académiques et les pratiques d'enseignement en classe." (Apple, 1984, p.456, traduction libre).

Les femmes n'ont pas toujours dominé le monde de l'enseignement. Avant les années 1870, aux États-Unis ainsi qu'en Angleterre, ce sont les hommes qui dominaient le domaine de l'enseignement. (Apple, 1984) À l'époque, enseigner était un emploi complémentaire pour les hommes. C'est avec la naissance de la scolarité obligatoire et le changement dans la perception de l'enseignement comme étant "un travail de femme" qui a contribué au dépassement du nombre de femmes relativement au nombre d'hommes dans le milieu. Il était également opportun d'engager des femmes à meilleur marché. Vers la fin du 19e siècle, les femmes recevaient un salaire égal à la moitié de celui d'un homme aux États-Unis. Étant donné que le travail d'un enseignant exigeait une attestation et que les heures d'enseignement et l'année scolaire se prolongeaient, pour les hommes, le salaire n'était plus convenable pour subvenir aux besoins d'une famille. Les hommes qui sont demeurés dans le domaine de l'enseignement ont eu tendance à occuper des postes de dirigeants ou de fonction administrative.

Étant donné que l'éducation est un service public et qu'il est dominé principalement par des femmes[1], lorsque les gouvernements décident de réduire les dépenses, ce sont les femmes qui en paient le prix. Selon le document de recherche rédigé par le Centre canadien des politiques alternatives (CCPA)[2] intitulé "Making Women Count", l'investissement dans des services publics de qualité est avantageux pour tous. Non seulement cela contribuerait à des emplois rentables pour les femmes, mais l'économie en bénéficierait également. L'une des recommandations du CCPA pour créer une meilleure égalité des genres au Canada est d'investir des fonds dans les secteurs publics. Malheureusement, au cours des dernières années, au Québec et ailleurs au Canada, les mesures d'austérité ont été la principale tactique employée par le gouvernement. Si les gouvernements investissaient dans des domaines principalement occupés par des femmes, comme l'éducation, les services à domicile, les soins infirmiers et la garde d'enfants, l'économie serait en bien meilleur état. Un excellent exemple de cette inégalité existe en Alberta. La plupart des emplois les mieux rémunérés dans le secteur pétrolier sont occupés par des hommes et lorsque le prix du pétrole a chuté, les familles ont dû compter sur les femmes qui, comparativement, occupaient des postes dont le salaire était beaucoup moins élevé.

Une nouvelle étude provenant de l'université Cornell, localisée à Ithaca, New York, a déterminé que l'écart des salaires est causé principalement par les différents postes occupés par les femmes et les hommes. En fait, dans le même article, une autre étude démontre que dès que les femmes entrent dans un domaine quelconque, le salaire diminue. Un exemple de ce fait est lorsque les femmes ont occupé en grand nombre le domaine de création de mode, les salaires ont chuté de 34 points de pourcentage. "Il est possible qu'on en vienne à cette triste réalité : le travail effectué par les femmes n'est tout simplement pas apprécié à sa juste valeur » (Miller, 2016, traduction libre).

Sources :

Apple, Michael, W. "Teaching and Women's Work": A Comparative Historical and Ideological Analysis. Journal of Edition 166.3 (1984): 455-75. Web. 2 July 2016.

Miller, Claire Cain. "As Women Take Over a Male-Dominated Field, the Pay Drops." The New York Times. The New York Times, 19 Mar. 2016. Web. 02 July 2016.



[1] Selon Statistiques Canada, 73 % du personnel enseignant à temps plein dans le secteur public étaient des femmes en 2014.

[2] Le CCPA est un institut de recherche indépendant et non partisan qui s'intéresse à des questions de justice sociale, économique et environnementale. Fondé en 1980, le CCPA est une des principales voix progressives dans les débats sur les politiques publiques au Canada.

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