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Les enseignants et Socrate
Nous sommes les grands penseurs
par Melinda Cochrane, Beaconsfield High School  |  5/15/2017

Auteure : Melinda Cochrane, enseignante à l’école secondaire Beaconsfield et rédactrice pour la revue périodique Life as a Human, finaliste du prix littéraire roman jeunesse 2013 de l'UNEQ (Union des écrivaines et écrivains québécois) et gagnante de la bourse North Carolina Mary Belle Campbell comme poète et enseignante.

(traduction du texte original)

Il n'y a pas de plus grande preuve d'altruisme que d'enseigner. Dans un monde où les messages que nos jeunes reçoivent sont acerbes, la tâche d'enseigner la morale à la génération d'aujourd'hui retombe sur nos épaules. Nous faisons quotidiennement face aux difficultés d'entretenir un climat positif et sécuritaire de tolérance et d'acceptation, et pour cette raison une nouvelle identité (bien qu'existante depuis longtemps) nous est attribuée : nous sommes désormais les grands penseurs.

Il y a quelques années, après avoir lu l'ouvrage de Mark Kingwell, The World We Want : Virtue, Vice and the Good Citizen, un passage m'a particulièrement marquée et je l'avais toujours en mémoire à mes débuts comme enseignante. En général, il écrit qu'il n'y a plus d'hommes ou de femmes comme Socrate, prêts à défendre ardemment leurs convictions pour le bien commun. Socrate ne pourrait lui-même se refuser d'admettre son idéalisme des citoyennetés.

Le passage en question a refait surface en moi à mes débuts comme enseignante alors que j'en étais venue à la conclusion que Kingwell avait tort. Nous, les enseignants, sommes les grands penseurs défendant la moralité dans notre monde d'aujourd'hui et nos élèves sont les receveurs de ces messages. Nous leur rappelons constamment les valeurs morales pour le bien commun. Nous luttons quotidiennement pour les droits de tout un chacun. Nous luttons contre l'injustice, nous dénonçons l'intolérance et nous répondons aux questions liées à la réalité actuelle. Les sciences, l'art, la lecture, la rédaction, la musique et les chiffres sont des modes de transfert de cette information et nous y tenons.

Hier, un élève m'a posé la question suivante : « Madame, que pensez-vous de l'interdiction pour nous de porter une casquette de baseball dans l'école? »

J'ai pris un moment pour y penser, comme le font d'ailleurs tous les enseignants, avant de répondre. Nous avons alors abordé une discussion portant sur les actualités entourant des questions d'ordre politique américaine et internationale. Employant la méthode socratique, nous avons discuté du bien commun et du rôle des citoyens à l'échelle mondiale. Ce qui semblait être au départ une simple question a évolué en une leçon de moralité – ce que nous faisons tous bien que nous n'imaginions jamais être les grands penseurs dans un monde exploitant l'ignorance. Nous avons entamé une leçon encore plus importante sur les comparaisons d'un monde sans décorum. L'élève en question a enlevé sa casquette, mais c'est sa propre réflexion qui l'a amené à cette conclusion. Il a compris qu'il s'agissait d'un geste exemplaire dans un monde où les politiciens et les médias ne font plus preuve d'autorité morale – mais, au contraire, ils portent atteinte aux convictions morales des citoyennetés.

Nous avons tous connu un moment en classe comme celui-ci. Alors je vous demande si vous croyez vraiment que les valeurs des gens comme Socrate n'existent plus. Elles existent, et comme Socrate, on se souviendra des enseignants comme ceux qui ont travaillé pour le bien commun. Demeurons vigilants et unis afin de préserver la validité de notre enseignement socratique pour le bien de nos élèves. Les enseignants sont le mode de communication de l'idéalisme des citoyennetés.

Sources:

KINGWELL, Mark. The World We Want: Virtue, Vice and the Good Citizen. Penguin Canada (18 septembre 2001)

Ancient Greece.com http://www.ancientgreece.com/essay/v/the_apology_socrates_defense/ [page consultée le 31 mars 2017]

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